Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/361

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BRUTUS.

Lucius, mets un flambeau dans mon laboratoire. — Dès qu’il sera allumé, viens ici m’avertir.


LUCIUS.

J’obéis, monseigneur.

Il sort.

BRUTUS, rêveur.

— Ce doit être par sa mort, et, pour ma part, — je n’ai personnellement aucun motif de le frapper — que la cause publique. Il veut être couronné ! — À quel point cela peut changer sa nature, voilà la question. — C’est le jour éclatant qui fait surgir la vipère — et nous convie à une marche prudente. Le couronner ! Cela… — Et alors, j’en conviens, nous l’armons d’un dard — qu’il peut rendre dangereux à volonté. — L’abus de la grandeur, c’est quand elle sépare — la pitié du pouvoir. Et pour dire la vérité sur César, — je n’ai jamais vu que ses passions dominassent — sa raison. Mais il est d’une vulgaire expérience — que la jeune ambition se fait de l’humilité une échelle, — vers laquelle elle se tourne tant qu’elle monte ; — mais dès qu’une fois elle atteint le sommet suprême, elle tourne le dos à l’échelle, — et regarde dans les nues, dédaignant les vils degrés — par lesquels elle s’est élevée. Voilà ce que pourrait César : donc, pour qu’il ne le puisse pas, prévenons-le. Et, puisque la querelle — ne saurait trouver de prétexte dans ce qu’il est aujourd’hui, — donnons pour raison que ce qu’il est, une fois agrandi, — nous précipiterait dans telles et telles extrémités. — Et, en conséquence, regardons-le comme l’embryon d’un serpent — qui, à peine éclos, deviendrait malfaisant par nature, — et tuons-le dans l’œuf.


Rentre Lucius.

LUCIUS.

— Le flambeau brûle dans votre cabinet, monsieur. —