Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/370

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

— que l’actif souci évoque dans le cerveau des hommes : — voilà pourquoi tu dors si bien.


Entre Portia.

PORTIA.

Brutus, monseigneur !


BRUTUS.

— Portia, que voulez-vous ? Pourquoi vous levez-vous déjà ? — Il n’est pas bon pour votre santé d’exposer ainsi — votre frêle complexion à l’âpre fraîcheur de la matinée.


PORTIA.

— Ni pour votre santé non plus. Brutus, vous vous êtes sans pitié — dérobé de mon lit. Hier soir, à souper, — vous vous êtes levé brusquement et vous êtes mis à marcher, — les bras croisés, rêvant et soupirant ; — et, quand je vous ai demandé ce que vous aviez, — vous m’avez envisagée d’un air dur. — Je vous ai pressé de nouveau ; alors vous vous êtes gratté la tête, — et vous avez frappé du pied avec impatience. — J’ai eu beau insister, vous n’avez pas répondu ; — mais, d’un geste de colère, vous m’avez fait signe de vous laisser. J’ai obéi, — craignant d’augmenter un courroux — qui ne semblait que trop enflammé, et espérant — d’ailleurs que c’était uniquement un de ces accès d’humeur auxquels — tout homme est sujet à son heure. — Cette anxiété ne vous laisse ni manger, ni parler, ni dormir : — et si elle avait autant d’action sur vos traits — qu’elle a d’empire sur votre caractère, — je ne vous reconnaîtrais pas, Brutus. Mon cher seigneur, — apprenez-moi la cause de votre chagrin.


BRUTUS.

— Je ne me porte pas bien ; voilà tout.


PORTIA.

— Brutus est raisonnable ; et, s’il avait perdu la santé, — il emploierait tous les moyens pour la recouvrer.