Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/388

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CASSIUS.

— Aussi, celui qui soustrait vingt ans à la vie, — soustrait autant d’années à la crainte de la mort.


BRUTUS.

— Reconnaissez cela, et la mort est un bienfait. — Ainsi nous sommes les amis de César, nous qui avons abrégé — son temps de craindre la mort. Penchez-vous, Romains, penchez-vous, — baignons nos bras jusqu’au coude — dans le sang de César, et teignons-en nos épées ; puis marchons jusqu’à la place du marché, — et, brandissant nos glaives rouges au-dessus de nos têtes, — crions tous : Paix ! Indépendance ! Liberté !


CASSIUS.

— Penchons-nous donc et trempons-nous… Combien de siècles lointains — verront représenter cette grande scène, notre œuvre, — dans des États à naître, et dans des accents encore inconnus !


BRUTUS.

— Que de fois on verra le simulacre sanglant de ce César — que voilà gisant sur le piédestal de Pompée, — au niveau de la poussière !


CASSIUS.

Chaque fois que cela se verra, — on dira de notre groupe : — Voilà les hommes qui donnèrent la liberté à leur pays !


DÉCIUS.

— Eh bien, sortirons-nous ?


CASSIUS.

Oui, tous. — Que Brutus ouvre la marche, et nous lui donnerons pour escorte d’honneur — les cœurs les plus intrépides et les meilleurs de Rome.


Entre un Serviteur.

BRUTUS.

— Doucement ! qui vient ici ?… Un partisan d’Antoine !