Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/404

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— Car je n’ai ni l’esprit, ni le mot, ni le mérite, — ni le geste, ni l’expression, ni la puissance de parole, — pour agiter le sang des hommes. Je ne fais que parler net : — je vous dis ce que vous savez vous-mêmes : — je vous montre les blessures du doux César, pauvres, pauvres bouches muettes, — et je les charge de parler pour moi. Mais si j’étais Brutus — et que Brutus fût Antoine, il y aurait un Antoine — qui remuerait vos esprits et donnerait — à chaque plaie de César une voix capable — de soulever les pierres de Rome et de les jeter dans la révolte.


LES CITOYENS.

— Nous nous révolterons.


PREMIER CITOYEN.

Nous brûlerons la maison de Brutus.


TROISIÈME CITOYEN.

— En marche donc ! Allons, cherchons les conspirateurs.


ANTOINE.

— Mais écoutez-moi, concitoyens, mais écoutez ce que j’ai à dire.


LES CITOYENS.

— Holà ! silence ! Écoutons Antoine, le très-noble Antoine.


ANTOINE.

— Eh ! amis, vous ne savez pas ce que vous allez faire. — En quoi César a-t-il ainsi mérité votre amour ? — Hélas ! vous ne le savez pas : il faut donc que je vous le dise. — Vous avez oublié le testament dont je vous ai parlé.


LES CITOYENS.

— Très-vrai !… Le testament ! arrêtons, et écoutons le testament !


ANTOINE.

— Voici le testament, revêtu du sceau de César. — Il donne à chaque citoyen romain, — à chaque homme séparément, soixante-quinze drachmes.