Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/105

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VALENTIN.

— Oui, mon bon seigneur, je le connais pour un gentilhomme — de qualité, fort estimé — et n’ayant pas sans mérite cette belle réputation.


LE DUC.

N’a-t-il pas un fils ?


VALENTIN.

— Oui, mon bon seigneur : un fils qui ne déroge pas — à l’honneur et au renom d’un tel père.


LE DUC.

Vous le connaissez bien ?


VALENTIN.

— Je le connais comme moi-même ; car, dès notre enfance, — nous avons vécu et passé toutes nos heures ensemble. — Je n’étais, moi, qu’un paresseux vaurien, — perdant les moments précieux — où je pouvais parer ma jeunesse d’une perfection angélique, — tandis que Protée, c’est ainsi qu’il se nomme, — faisait un utile et noble emploi de ses journées. — Jeune encore par les années, mais déjà vieux d’expérience, — il a toute la verdeur de l’âge, mais toute la maturité du jugement ; — en un mot (car son mérite est bien au-dessus des éloges que je lui accorde ici), — il est doué, à l’intérieur comme au moral, — de toutes les bonnes qualités qui peuvent qualifier un gentilhomme.


LE DUC.

— Peste, monsieur ! S’il justifie ce que vous dites, — il est aussi digne d’être aimé d’une impératrice — que d’être le conseiller d’un empereur. — Eh bien, monsieur, ce gentilhomme s’est présenté à moi, — avec la recommandation de puissants seigneurs, — et il se propose de passer ici quelque temps. — Je pense que cette nouvelle n’est pas la malvenue près de vous.