Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/109

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vis — et fait d’eux les gardes-malades de mon cœur. — Ô gentil Protée ! l’amour est un seigneur puissant, — et il m’a humilié à ce point que, je le confesse, — il n’est pas sur terre de souffrance égale à ses rigueurs, — ni de joie comparable à ses faveurs ! — Désormais, plus de causerie, si ce n’est sur l’amour ! — Désormais, pour avoir déjeuné, dîné, soupé et dormi, — il me suffit de ce mot tout sec : Amour !


PROTÉE.

— Assez ; je lis votre aventure dans vos regards. — Est-ce là l’idole que vous adorez ainsi ?


VALENTIN.

— Elle-même. N’est-ce pas une sainte céleste ?


PROTÉE.

— Non, mais c’est une perfection terrestre.


VALENTIN.

— Appelez-la divine.


PROTÉE.

Je ne veux pas la flatter.


VALENTIN.

— Oh ! flattez-moi ! l’amour se complaît aux louanges.


PROTÉE.

— Quand j’étais malade, vous me donniez des pilules amères ; ~ il faut que je vous en administre de pareilles.


VALENTIN.

— Eh bien ! dis la vérité sur elle : sinon pour divine, — reconnais-la du moins pour une beauté séraphique ~ qui domine toutes les créatures de la terre.


PROTÉE.

— Excepté ma maîtresse.


VALENTIN.

Ah ! cher, n’excepte personne, — si tu ne veux pas faire à mes amours une injure exceptionnelle.