Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/110

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PROTÉE.

— N’ai-je pas raison d’exalter mon amour avant tout ?


VALENTIN.

— Et je veux contribuer à l’exalter. — Ta bien-aimée sera élevée à l’honneur suprême — de porter la queue de ma reine, pour empêcher que la terre vile — ne parvienne à dérober un baiser à son vêtement, — et, enorgueillie d’une si grande faveur, — ne dédaigne d’enraciner la fleur parfumée d’été, — et ne rende le rude hiver perpétuel !


PROTÉE.

— Comment, Valentin, qu’est-ce que tout ce phébus ?


VALENTIN.

— Pardonne-moi, Protée : tout ce que je puis dire n’est rien — à côté de celle dont le mérite réduit tout autre mérite à néant. — Il n’y a qu’elle seule.


PROTÈE.

Eh bien ! laissez-la seule.


VALENTIN.

— Non pas pour le monde entier. Sais-tu, mon cher, qu’elle est à moi ? — Et je suis aussi riche en possédant un tel joyau — que vingt mers dont tous les grains de sable seraient des perles, — l’eau du nectar, et les rochers de l’or pur. — Pardonne-moi de ne pas songer à toi, — quand tu me vois radoter de mes amours. — Mon niais de rival que le père aime uniquement — à cause de son immense fortune, — vient de partir avec elle ; et il faut que je les suive, — car l’amour, tu le sais, est plein de jalousie.


PROTÉE.

— Mais vous, vous aime-t-elle ?


VALENTIN.

Oui, et nous sommes fiancés. — Il y a plus, l’heure de notre mariage — et tout le plan mystérieux de notre éva-