Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/126

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Qu’y a-t-il ici ? À Silvia. !

Il fouille une autre poche et en tire l’échelle de corde.

— Et voici un engin propre à mes opérations !… — Je prendrai pour cette fois la liberté de briser le cachet.

Il ouvre la lettre et lit les vers suivants :

Mes pensers se réfugient nuitamment près de ma Silvia,
Et ce ne sont que mes esclaves, à moi qui leur donne essor.
Oh ! si leur maître pouvait aller et venir aussi prestement,
Il s’irait lui-même loger où se nichent ces insensibles.

Les pensers, mes hérauts, reposent sur ton sein pur (7),
Et moi, leur roi, moi qui les dépêche là-bas,
Je maudis la grâce qui leur accorde cette céleste grâce,
Parce que je voudrais pour moi-même la bonne fortune de mes sujets

Je me maudis moi-même de les avoir envoyés,
Puisqu’ils occupent l’asile où devrait être leur maître.

Qu’y a-t-il ici ?

Silvia, cette nuit je te délivrerai. — Oui, vraiment, et voici tout exprès l’échelle. — Eh quoi ! toi qui n’es que le fils d’un Mérops, — tu aspires, comme Phaéton, à guider le char divin, — au risque d’embraser le monde par ton audacieuse folie ! — Veux-tu donc atteindre les étoiles, parce qu’elles brillent au-dessus de toi ? — Va, vil intrus ! faquin outrecuidant ! — réserve tes sourires flagorneurs pour tes égales ! — Crois-le, c’est à ma clémence, et non à la stricte justice — que tu dois le privilège de partir d’ici. — Remercie-moi de cette faveur-là, plus que de toutes celles — dont, trop généreux, je t’ai jusqu’ici comblé. — Mais si tu restes sur mon territoire au delà du délai — que la vitesse la plus expéditive — te donne pour quitter notre cour, — par le ciel, ma colère dépassera de beaucoup l’affection — que j’aie jamais eu pour ma fille, ou pour toi ! — Va-t’en ; je ne