Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/130

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murmure-le à mon oreille — comme l’antienne finale de mon infinie douleur !


PROTÉE.

— Cesse de t’affliger de l’irrémédiable, — et cherche le remède à ton affliction. — Le temps est le nourricier et le père de tout bien. — Si tu restes ici, tu ne peux plus voir ta bien-aimée, — et songe que rester, c’est abréger ta vie. — L’espoir est le bâton de l’amoureux : pars en l’emportant, — et emploie-le contre les pensées décourageantes. — Tes lettres peuvent être ici, si tu n’y es plus : — adressées à moi, elles seront déposées ~ dans le sein lacté de ta bien-aimée. — Le temps n’est pas aux récriminations. — Viens, je vais te mener hors des portes de la cité, — et, avant de nous séparer, nous causerons à fond — de tout ce qui peut intéresser tes affaires d’amour. — Par amour pour Silvia, sinon pour toi-même, — mets-toi en garde contre le danger et viens avec moi.


VALENTIN.

— Je te prie, Lance, si tu vois mon page, — dis-lui de se dépêcher et de me rejoindre à la porte du Nord.


PROTÉE.

— Va, drôle, cherche-le… Viens, Valentin.


VALENTIN.

— Oh ! ma chère Silvia ! malheureux Valentin ! —

Protée et Valentin sortent.

LANCE.

Je ne suis qu’un nigaud, voyez-vous ; et pourtant j’ai assez d’esprit pour croire que mon maître est une espèce de coquin : mais s’il n’est qu’un coquin ordinaire, peu importe… Nul être vivant ne sait encore que je suis amoureux, et pourtant je suis amoureux… Mais un attelage de chevaux n’arracherait pas de moi ce secret-là, ni un seul aveu sur l’objet de mon amour, et pourtant c’est une femme. Mais je ne dirai jamais ce qu’est cette femme.