Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/139

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être fait en m’exaltant autant — que vous ravalerez sire Valentin.


LE DUC.

— Protée, nous nous confions à vous dans cette affaire, — sachant par Valentin — que vous avez déjà fixé ailleurs le culte de votre amour, — et que vous êtes incapable d’apostasier si vite en changeant d’inclination. — Sur cette garantie, je veux que vous soyez admis — à conférer avec Silvia en toute liberté. — Elle est morose, triste, mélancolique, — mais, en souvenir de votre ami, elle sera contente de vous voir. — Alors, vous pourrez la disposer par la persuasion — à haïr le jeune Valentin et à s’éprendre de mon ami.


PROTÉE.

— Je ferai tout ce que je pourrai. — Mais vous, sire Thurio, vous n’êtes pas assez insinuant. — Vous devriez engluer ses sympathies — dans des sonnets plaintifs dont les rimes savantes — ne devraient offrir que vœux de dévouement.


LE DUC.

— Oui, grande est la force de la poésie, fille du ciel.


PROTÉE.

— Dites à Silvia que, sur l’autel de sa beauté, — vous sacrifiez vos larmes, vos soupirs, votre cœur ! — Écrivez jusqu’à ce que votre encrier soit sec, et remplissez-le — alors de vos pleurs ; puis, composez quelques vers touchants — qui lui révèlent un si parfait amour. — Pour cordes à sa lyre il avait des nerfs de poëte, cet Orphée — dont la touche d’or pouvait attendrir l’acier et les pierres, — apprivoiser les tigres et forcer les léviathans énormes — à quitter les abîmes insondés pour danser sur la plage ! — Après ces élégies affreusement lamentables, — rendez-vous la nuit sous la fenêtre de votre belle — avec quelque suave sérénade : chantez sur les