Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/150

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SYLVIA.

— Eh bien ! suppose-moi morte aussi ; car dans sa tombe, — sois-en sûr, est enseveli mon amour.


PROTÉE.

— Charmante dame, laissez-moi l’exhumer.


SILVIA.

— Va au tombeau de ta maîtresse, et évoque-la ; — ou, au moins, enterre ton amour avec le sien.


JULIA, à part.

Il n’entend pas cela.


PROTÉE.

— Madame, puisque votre cœur est si endurci, — accordez du moins à mon amour votre portrait, — le portrait qui est pendu dans votre chambre. — À lui je parlerai, à lui j’adresserai mes soupirs et mes larmes. — Car, puisque la substance de vos perfections — est consacrée à un autre, je ne suis plus qu’une ombre, — et c’est à votre ombre que je veux reporter mon amour vrai !


JULIA, à part.

— Si vous la possédiez en substance, pour sûr, vous la tromperiez, — et bientôt vous n’en auriez fait qu’une ombre, comme moi.


SILVIA.

— J’ai grande répugnance à être votre idole, monsieur ; — mais, puisque le mensonge vous dispose si bien — à encenser des ombres et à adorer des formes menteuses, — envoyez chez moi demain matin, et je vous l’enverrai. — Sur ce, dormez bien.


PROTÉE.

Aussi bien que les misérables — qui attendent leur exécution pour la matinée. —

Silvia se retire du balcon, Protée sort.