Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/153

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ÉGLAMOUR.

— Je ne ferai pas attendre Votre Grâce. — Bonjour, gentille dame.


SILVIA.

Bonjour, cher sire Églamour.

Silvia se retire du balcon. Églamour s’en va.


Entre Lance, conduisant son chien.

LANCE.

Quand on a un serviteur qui se conduit comme un mâtin, voyez-vous, ça va mal. Un être que j’ai soigné tout petit ! Un être que j’ai sauvé de la noyade, quand trois ou quatre de ses frères et sœurs aveugles y allaient, que j’ai élevé de façon à faire dire précisément au monde : Voilà comme je voudrais élever un chien ! Eh bien, je suis chargé de le remettre en présent à madame Silvia, de la part de mon maître, et à peine suis-je entré dans la salle à manger qu’il me saute sur son assiette et lui vole sa cuisse de chapon. Oh ! c’est une chose affreuse, quand un mâtin ne sait pas se tenir dans toutes les sociétés ! Je voudrais en avoir un, pour ainsi parler, qui prendrait son parti d’être un véritable chien, d’être en quelque sorte un chien pour tout faire. Si je n’avais pas eu plus d’esprit que lui, et pris sur moi la faute qu’il venait de commettre, je crois positivement qu’il aurait été pendu pour ça ; aussi vrai que j’existe, il aurait souffert pour ça. Vous allez en juger : monsieur va se fourrer dans la compagnie de trois ou quatre chiens gentillâtres, sous la table du duc : il n’avait pas été là (passez-moi le mot) le temps de pisser que toute l’assistance le sentait. À la porte le chien, dit l’un ! Quel est ce mâtin-là, dit un autre ? Chassez-le dehors, dit un troisième. Pendez-le, dit le duc. Moi, qui avais reconnu l’odeur depuis longtemps, je savais que c’était Crâbe ; vite je