Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/152

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sage, compatissant, accompli. — Tu n’es pas sans savoir quelle tendre inclination — j’ai pour le proscrit Valentin, — et comment mon père voudrait me forcer à épouser — ce fat de Thurio que j’abhorre du fond de l’âme. — Toi-même, tu as aimé ; et je t’ai entendu dire — qu’aucun malheur ne t’a navré le cœur — autant que la mort de ta dame, de ta bien-aimée, — et que, sur sa tombe, tu as fait vœu de chasteté éternelle ! — Églamour, je voudrais rejoindre Valentin — à Mantoue où j’apprends qu’il s’est fixé ; — et, comme les routes sont dangereuses à traverser, — je te demande ta digne compagnie, — à toi dont la foi et l’honneur m’inspirent toute confiance. — N’objecte pas la colère de mon père, Églamour, — mais pense à ma douleur, la douleur d’une femme ! — et à la légitimité de cette évasion — qui me préserve d’une union sacrilège, — que le ciel et la fortune récompenseraient par d’éternelles misères. — Je te le demande, c’est le vœu d’un cœur — aussi plein de chagrins que l’Océan de sables, — accompagne-moi, viens avec moi. — Sinon, tiens caché ce que je t’ai dit, — et je me risquerai à partir seule.


ÉGLAMOUR.

— Madame, je compatis à des douleurs — qui procèdent, je le sais, d’une vertueuse affection, — et je consens à partir avec vous, — aussi insouciant de ce qui peut m’arriver — que désireux de vous voir heureuse. — Quand voulez-vous partir ?


SILVIA.

Ce soir même.


ÉGLAMOUR.

— Où vous rejoindrai-je ?


SILVIA.

À la cellule de frère Patrick, — où je veux porter une pieuse confession.