Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/16

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devînt un ressort essentiel de l’action, et qu’elle manifestât sa force dans une succession de symboles.

Ces symboles, ce sont les trois pièces que réunit ce volume.

Dans les Deux Gentilshommes de Vérone, l’amitié nous apparaît aux prises avec l’amour. Entre deux sentiments si énergiques, la lutte ne peut qu’être acharnée. L’amour semble l’emporter tout d’abord par la félonie de Protée qui trahit son compagnon d’enfance pour lui enlever sa maîtresse. Mais ce triomphe n’est que momentané, et au dénoûment le repentir du coupable restitue à l’amitié la victoire qui lui est due.

Le Marchand de Venise nous montre l’amitié, non plus luttant avec l’amour, mais formant avec lui une alliance toute romanesque. Antonio est le héros de l’abnégation. Pour que son cher Bassanio épouse celle qu’il aime, il risque sa fortune, sa liberté, sa vie ; il engage à un juif jusqu’à sa chair. Obligé de rembourser l’usurier, Antonio serait victime de son dévouement, si, au moment critique, l’amour, prenant les traits de Portia, n’intervenait pour prononcer la sentence et pour sauver d’un péril imminent l’amitié, sa bienfaitrice.

Dans Comme il vous plaira, Célia fait à sa tendresse pour Rosalinde les mêmes sacrifices qu’Antonio à son affection pour Bassanio. Célia est l’héroïne du désintéressement, comme le marchand de Venise en est le héros. Pour suivre sa compagne dans l’exil, elle quitte le palais de son père, renonce à une existence princière et abdique une couronne. À l’opulence sans Rosalinde elle préfère la misère avec Rosalinde. L’amitié qui entraîne les fugitives vers la même destinée les amène aux parages enchantés ou règne l’amour. — Dans l’idéale forêt des Ardennes, l’amour et l’amitié, dont les Deux Gentilshommes de Vérone nous montraient l’antagonisme,