Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/179

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SOLANIO.

— Pas amoureux non plus ? Disons alors que vous êtes triste, — parce que vous n’êtes pas gai : il vous serait aussi facile — de rire, de sauter et de dire que vous êtes gai — parce que vous n’êtes pas triste. Par Janus au double visage, — la nature forme à ses heures d’étranges gaillards : — ceux-ci cligneront de l’œil perpétuellement — et riront, comme des perroquets, au son d’une cornemuse, — ceux-là ont l’aspect si vinaigré — qu’ils ne montreraient pas les dents en manière de sourire, — quand Nestor jurerait que la plaisanterie est risible.


Entrent Bassanio, Lorenzo et Gratiano.

SOLANIO.

— Voici venir Bassanio, votre très-noble parent, — avec Gratiano et Lorenzo. Adieu. — Nous vous laissons en meilleure compagnie.


SALARINO.

— Je serais resté jusqu’à ce que je vous eusse rendu gai, si de plus dignes amis ne m’avaient prévenu.


ANTONIO.

— Vos bontés me sont bien précieuses. — Je pense que vos propres affaires vous réclament, — et que vous saisissez cette occasion pour me quitter.


SALARINO.

— Bonjour, mes bons messieurs.


BASSANIO.

— Mes bons seigneurs, quand rirons-nous ? Dites, quand ? — Vous devenez excessivement rares. En sera-t-il toujours ainsi ?


SALARINO.

— Nous mettons nos loisirs aux ordres des vôtres.

Sortent Salarino et Solanio.