Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/185

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puis ni choisir qui je voudrais ni refuser qui me déplaît : ainsi la volonté de la fille vivante doit se courber sous la volonté du père mort… N’est-il pas bien dur, Nérissa, de ne pouvoir ni choisir, ni refuser personne ?


NÉRISSA.

Votre père fut toujours vertueux, et les saints personnages n’ont à leur mort que de bonnes inspirations. Voilà pourquoi cette loterie, imaginée par lui, en vertu de laquelle vous appartenez à celui qui choisit, suivant son intention, entre ces trois coffrets, d’or, d’argent et de plomb, ne favorisera, soyez-en sûre, qu’un homme digne de votre amour. Voyons, avez-vous quelque ardente affection pour un de ces prétendants princiers qui sont déjà venus ?


PORTIA.

Redis-moi leurs noms, je t’en prie ; à mesure que tu les nommeras, je les décrirai, et, par ma description, tu devineras mon affection.


NÉRISSA.

D’abord, il y a le prince napolitain.


PORTIA.

Ah ! celui-là, il est né à l’écurie ; car il ne fait que parler de son cheval : il se vante, comme d’un grand mérite, de pouvoir le ferrer lui-même ! J’ai bien peur que madame sa mère n’ait triché avec un forgeron.


NÉRISSA.

Ensuite, il y a le comte palatin.


PORTIA.

Il ne fait que froncer le sourcil, comme s’il voulait dire : Si vous ne voulez pas de moi, décidez-vous. Il écoute les plus joyeux récits sans sourire. Je crains qu’il ne devienne le philosophe larmoyeur quand il se fera vieux, puisqu’il est dans sa jeunesse d’une tristesse si immodérée. J’aimerais mieux me marier à une tête de mort