Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/19

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Valentin a formé le projet d’enlever nuitamment Silvia qu’un tyran père noble veut marier, malgré elle, au richissime et grotesque Thurio. Mis dans la confidence du complot, Protée va le dénoncer au duc de Milan. Le duc furieux exile Valentin. Ainsi débarrassé de son ami, Protée essaie de le supplanter auprès de Silvia en le calomniant. Mais Silvia aime trop Valentin pour être dupe de cette ruse odieuse ; elle repousse Protée en lui jetant à la face son double parjure, et s’enfuit au plus vite pour rejoindre son fiancé qu’elle croit réfugié à Mantoue. Malheureusement Protée court sur ses traces. Il la rattrape dans une forêt, au moment où des bandits vont l’enlever, la délivre de ces mécréants, et, pour prix de ce service signalé, implore la complaisance de la belle. Celle-ci repousse avec indignation l’outrageante prière : que n’a-t-elle été saisie par un lion affamé, au lieu d’être délivrée par ce fourbe ! Mais cette résistance ne fait qu’irriter le libertin : « Ah ! puisque la douce influence des plus touchantes paroles ne peut vous attendrir, je veux vous faire ma cour en soudard, à la pointe de l’épée, vous aimer contre la nature de l’amour, vous forcer… oui, je te forcerai à me céder ! »

Et Protée joint le geste à la parole en étreignant Silvia. Déjà commence ce hideux conflit où la victoire ne peut être qu’une souillure. Déjà la pudeur éperdue frémit au contact de la luxure éperdue, quand tout à coup retentit une voix tutélaire : « Ruffian, crie cette voix, lâche cette brutale étreinte… Ami vulgaire, sans foi et sans amour, comme sont les amis d’à présent, tu as menti à mes espérances. Mes yeux seuls ont pu me convaincre de ceci. À présent je n’ose plus dire que j’ai un seul ami vivant : tu me démentirais. À qui donc vous fier désormais quand votre bras droit est parjure envers votre cœur ? Protée, j’en suis navré, en détruisant pour