Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/192

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


SHYLOCK.

Oui, oui, trois mille ducats.


ANTONIO.

— Et pour trois mois.


SHYLOCK.

— J’avais oublié… Trois mois, m’avez-vous dit ? — Et puis, votre billet… Ah çà, voyons… mais… écoutez ! — Vous avez dit, ce me semble, que vous ne prêtiez, ni n’empruntiez — à intérêt.


ANTONIO.

Je ne le fais jamais.


SHYLOCK.

— Quand Jacob menait paître les moutons de son oncle Laban, — grâce à ce que fît pour lui sa prudente mère, — ce Jacob était le troisième patriarche — après notre saint Abraham ; oui, il était le troisième.


ANTONIO.

— Et bien, après ? Prêtait-il à intérêt ?


SHYLOCK.

— Non, il ne prêtait pas à intérêt ; pas, comme vous diriez, — positivement à intérêt. Écoutez bien ce que faisait Jacob. — Laban et lui étaient convenus — que tous les agneaux qui étaient rayés et tachetés — seraient le salaire de Jacob. Les brebis, étant en rut, — cherchèrent les béliers à la fin de l’automne ; — tandis que le travail de la génération — s’accomplissait entre ces bêtes à laine, — le malin berger se mit à me peler certaines baguettes, — et, au moment de l’œuvre de nature, — les planta devant les brebis lascives, — lesquelles, concevant alors, mirent bas, au moment venu, — des agneaux bariolés, et ceux-ci furent pour Jacob. — C’était là un moyen de profit, et Jacob était béni, — et le profit est bénédiction quand il n’est pas volé.