Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/193

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ANTONIO.

— Jacob, monsieur, servait là en vue d’un bénéfice aventureux — qu’il n’était pas en son pouvoir de produire, — mais qui était réglé et créé par la main de Dieu. — Est-ce là un argument pour justifier l’intérêt ? — Votre or et votre argent sont-ils des brebis et des béliers ?


SHYLOCK.

— Je ne saurais dire ; je les fais produire aussi vite. — Mais suivez-moi bien, signor…


ANTONIO.

Remarquez ceci, Bassanio, — le diable peut citer l’Écriture pour ses fins. — Une âme mauvaise produisant de saints témoignages — est comme un scélérat à la joue souriante, — une belle pomme pourrie au cœur. — Oh ! que la fausseté a de beaux dehors !


SHYLOCK.

— Trois mille ducats ! c’est une somme bien ronde ! — Trois mois de douze… Voyons quel sera le taux ?


ANTONIO.

— Eh bien, Shylock, serons-nous vos obligés ?


SHYLOCK.

— Signor Antonio, mainte et mainte fois, — sur le Rialto, vous m’avez honni — à propos de mon argent et de mes usances. — Je l’ai supporté patiemment en haussant les épaules, — car la souffrance est l’insigne de toute notre tribu. — Vous m’appelez mécréant, chien, coupe-jarrets, — et vous crachez sur mon gaban juif, — et cela parce que j’use de ce qui m’appartient. — Eh bien, il paraît qu’aujourd’hui vous avez besoin de mon aide. — En avant donc ! vous venez à moi et vous me dites : — Shylock, nous voudrions de l’argent !… Vous dites cela, — vous qui vidiez votre bave sur ma barbe —