Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/194

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et qui me repoussiez du pied comme vous chassez un limier étranger — de votre seuil ! Vous sollicitez de l’argent ! — Que devrais-je vous dire ? Ne devrais-je pas vous dire : — Est-ce qu’un chien a de l’argent ? Est-il possible — qu’un limier puisse prêter trois mille ducats ? Ou bien, — dois-je m’incliner profondément et, d’un ton servile, — retenant mon haleine dans un murmure d’humilité, — vous dire ceci : — Mon beau monsieur, vous avez craché sur moi mercredi dernier, — vous m’avez chassé du pied tel jour ; une autre fois, — vous m’avez appelé chien ; pour toutes ces courtoisies — je vais vous prêter tant d’argent ?


ANTONIO, vivement.

— Je suis bien capable de t’appeler encore de même, — de cracher sur toi encore, de te chasser du pied encore. — Si tu prêtes cet argent, ne le prête pas — comme à un ami ; l’amitié a-t-elle jamais tiré — profit du stérile métal confié à un ami ? — Non, considère plutôt ce prêt comme fait à ton ennemi. S’il manque à l’engagement tu auras meilleure figure — à exiger contre lui la pénalité.


SHYLOCK.

Ah ! voyez comme vous vous emportez ! — Je voudrais me réconcilier avec vous, avoir votre affection, — oublier les affronts dont vous m’avez souillé, — subvenir à vos besoins présents, sans prendre un denier — d’intérêt pour mon argent, et vous ne voulez pas m’entendre ! — Mon offre est bienveillante pourtant !


ANTONIO.

Ce serait la bienveillance même.


SHYLOCK.

— Cette bienveillance, je veux vous la montrer. — Venez avec moi chez un notaire, signez-moi là — un simple billet. Et, par manière de plaisanterie, — si vous ne me remboursez pas tel jour, — en tel endroit, la