Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/22

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tions atroces de l’implacable code social les généreux arrêts d’une jurisprudence idéale.

En faisant de la mansuétude la providence de sa comédie, Shakespeare est resté conséquent avec lui-même. Nul mieux que lui ne connaissait la fragilité de notre nature. Nul n’avait examiné de plus près cette trame de la vie tissée à la fois de bien et de mal. « Nos vertus seraient arrogantes, a-t-il dit quelque part, si nos fautes ne les flagellaient pas, et nos vices désespéreraient, s’ils n’étaient pas relevés par nos vertus. » L’homme étant imparfait par nature, doit-on lui demander un compte trop rigoureux des conséquences de cette imperfection ? Si vraiment il est incapable de résister par sa seule volonté à la violence des passions, doit-on lui faire expier sans merci cette incapacité ? Qui n’est pas responsable, n’est pas coupable. Or, l’homme n’est pas responsable de son tempérament. De quel droit l’en puniriez-vous ? Si vous voulez n’être que sévères, accordez-lui au moins le bénéfice des circonstances atténuantes. Le juge ici-bas ne peut être impartial qu’en étant indulgent. La justice stricte n’est due qu’à la stricte perfection. L’équité à la taille de l’homme, c’est la pitié.

Voilà ce que nous dit Shakespeare à la fin de sa comédie. Et quand Shakespeare parle ainsi, il obéit aux plus intimes sollicitations de son cœur en même temps qu’à la logique suprême de son esprit. Le sentiment l’entraîne aux mêmes conclusions que le raisonnement. Ce n’est pas seulement son génie qui lui commande l’indulgence, c’est son tempérament. Placé dans la même situation que Valentin, Shakespeare aurait agi comme Valentin. En doutez-vous ? Écoutez.

Ainsi que Valentin, William avait un ami cher et une maîtresse chère, et pour lui, comme pour Valentin, cette affection était un double culte. Mais William avait été