Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/227

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toutes ses plumes, et qu’alors il est dans le tempérament de tous les oiseaux de quitter la maman.


SHYLOCK.

Elle est damnée pour cela.


SALARINO.

C’est certain, si elle a le diable pour juge.


SHYLOCK.

Ma chair et mon sang se révolter ainsi !


SALARINO.

Fi, vieille charogne ! le devraient-ils à ton âge ?


SHYLOCK.

Je parle de ma fille qui est ma chair et mon sang.


SALARINO.

Il y a plus de différence entre ta chair et la sienne qu’entre le jais et l’ivoire ; entre ton sang et le sien qu’entre le vin rouge et le vin du Rhin… Mais, dites-nous, savez-vous si Antonio a fait, ou non, des pertes sur mer ?


SHYLOCK.

Encore un mauvais marché pour moi ! Un banqueroutier, un prodigue, qui ose à peine montrer sa tête sur le Rialto ! Un mendiant qui d’habitude venait se prélasser sur la place !… Gare à son billet ! Il avait coutume de m’appeler usurier. Gare à son billet ! Il avait coutume de prêter de l’argent par courtoisie chrétienne. Gare à son billet !


SALARINO.

Bah ! je suis sûr que, s’il n’est pas en règle, tu ne prendras pas sa chair. À quoi serait-elle bonne ?


SHYLOCK.

À amorcer le poisson ! dût-elle ne rassasier que ma vengeance, elle la rassasiera. Il m’a couvert d’opprobre, il m’a fait tort d’un demi-million, il a ri de mes pertes, il s’est moqué de mes gains, il a conspué ma nation, tra-