Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/226

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navires de haut bord. Voilà la nouvelle, si toutefois la rumeur que je répète est une créature véridique.


SOLANIO.

Je voudrais qu’elle fût aussi menteuse que la plus fourbe commère qui ait jamais grignoté pain d’épices ou fait croire à ses voisins qu’elle pleurait la mort d’un troisième mari. Mais, pour ne pas glisser dans le prolixe et ne pas obstruer le grand chemin de la simple causerie, il est trop vrai que le bon Antonio, l’honnête Antonio… Oh ! que ne trouvé-je une épithète digne d’accompagner son nom !…


SALARINO.

Allons ! achève ta phrase.


SOLANIO.

Hein ? que dis-tu ?… Eh bien, pour finir, il a perdu un navire.


SALARINO.

Dieu veuille que ce soit là la fin de ses pertes !


SOLANIO.

Que je dise vite Amen ! de peur que le diable ne vienne à la traverse de ma prière : car le voici qui arrive sous la figure d’un juif…


Entre Shylock.

SOLANIO.

Eh bien, Shylock ? Quelles nouvelles parmi les marchands ?


SHYLOCK.

Vous avez su, mieux que personne, la fuite de ma fille ?


SALARINO.

Cela est certain. Pour ma part, je sais le tailleur qui a fait les ailes avec lesquelles elle s’est envolée.


SOLANIO.

Et, pour sa part, Shylock savait que l’oiseau avait