Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/235

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modère-toi, calme ton extase, — contiens ta pluie de joie, affaiblis-en l’excès ; — je sens trop la béatitude, atténue-la, — de peur qu’elle ne m’étouffe.


BASSANIO, ouvrant le coffret de plomb.

Que vois-je ici ? — le portrait de la belle Portia ! Quel demi-dieu — a approché à ce point de la création ? Ces yeux remuent-ils — ou est-ce parce qu’ils agitent mes prunelles — qu’ils me semblent en mouvement ? Voici des lèvres entr’ouvertes — que traverse une haleine de miel ; jamais barrière si suave — ne sépara si suaves amis. Ici, dans ces cheveux, — le peintre, imitant Arachné, a tissé — un réseau d’or où les cœurs d’hommes se prennent plus vite — qu’aux toiles d’araignée les cousins ! Mais ces yeux !… — Comment a-t-il pu voir pour les faire ? Un seul achevé — suffisait, ce me semble, pour ravir ces deux yeux, à lui, — et l’empêcher de finir. Mais voyez, autant — la réalité de mon enthousiasme calomnie cette ombre — par ses éloges insuffisants, autant cette ombre — se traîne péniblement loin de la réalité… Voici l’écriteau qui contient et résume ma fortune :

À vous qui ne choisissez pas sur l’apparence,
Bonne chance ainsi qu’heureux choix !
Puisque ce bonheur vous arrive,
Soyez content, n’en cherchez pas d’autre ;
Si vous en êtes satisfait
Et si votre sort fait votre bonheur,
Tournez-vous vers votre dame
Et réclamez-la par un tendre baiser.

— Charmant écriteau ! Belle dame, avec votre permission…

Il l’embrasse.

— Je viens, cette note à la main, donner et recevoir. — Un jouteur, luttant avec un autre pour le prix, — croit avoir réussi aux yeux du public, — lorsqu’il entend les applaudissements et les acclamations universelles ; — il