Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/234

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les tempéraments d’une voix gracieuse — ne dissimulent pas l’odieux ? En religion, — quelle erreur si damnable qui ne puisse, sanctifiée — par un front austère et s’autorisant d’un texte, — cacher sa grossièreté sous de beaux ornements ? — Il n’est pas de vice si simple qui n’affiche — des dehors de vertu. — Combien de poltrons, au cœur traître — comme un escalier de sable, qui portent au menton — la barbe d’un Hercule et d’un Mars farouche ! — Sondez-les intérieurement : ils ont le foie blanc comme du lait ! — Ils n’assument l’excrément de la virilité ~ que pour se rendre redoutables… Regardez la beauté, — et vous verrez qu’elle s’acquiert au poids de la parure : — de là ce miracle, nouveau dans la nature, — que les femmes les plus chargées sont aussi les plus légères. — Ainsi, ces tresses d’or aux boucles serpentines — qui jouent si coquettement avec le vent — sur une prétendue beauté, sont souvent connues — pour être le douaire d’une seconde tête, — le crâne qui les a produites étant dans le sépulcre ! — Ainsi l’ornement n’est que la plage trompeuse — de la plus dangereuse mer, c’est la splendide écharpe — qui voile une beauté indienne ! C’est, en un mot, — l’apparence de vérité que revêt un siècle perfide — pour duper les plus sages. Voilà pourquoi, or éclatant, — âpre aliment de Midas, je ne veux pas de toi.

Montrant le coffret d’argent.

— Ni de toi, non plus, pâle et vulgaire agent — entre l’homme et l’homme… Mais toi ! toi, maigre plomb, — qui fais une menace plutôt qu’une promesse, — ta simplicité m’émeut plus que l’éloquence, — et je te choisis, moi ! Que mon bonheur en soit la conséquence !


PORTIA.

— Comme s’évanouissent dans les airs toutes les autres émotions, — inquiétudes morales, désespoir éperdu, — frissonnante frayeur, jalousie à l’œil vert ! — Ô amour,