Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/259

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SHYLOCK.

— Que mes actions retombent sur ma tête ! Je réclame la loi, — la pénalité et le délit stipulé par mon billet.


PORTIA.

— Est-ce qu’il n’est pas en état de rembourser l’argent ?


BASSANIO.

— Si fait. Je le lui offre ici devant la cour : — je double même la somme. Si cela ne suffit pas, — je m’obligerai à la payer dix fois, — en donnant pour gages mes mains, ma tête, mon cœur. — Si cela ne suffit pas, il est notoire — que c’est la méchanceté qui accable l’innocence. Je vous en conjure, — foulez une fois la loi sous votre autorité. — Pour rendre la grande justice, faite une petite injustice, — et domptez le cruel démon de son acharnement.


PORTIA.

— Cela ne doit pas être : il n’y a pas de puissance à Venise — qui puisse altérer un décret établi. — Cela serait enregistré comme un précédent ; — et par cet exemple, bien des abus — feraient irruption dans l’État. Cela ne se peut.


SHYLOCK.

— C’est un Daniel qui nous est venu pour juge ! oui, un Daniel ! — Ô juge jeune et sage, combien je t’honore !


PORTIA.

— Faites-moi voir le billet, je vous prie.


SHYLOCK.

— Le voici, très-révérend docteur ; le voici.


PORTIA.

— Shylock, ou t’offre ici trois fois ton argent.


SHYLOCK.

— Un serment ! un serment ! J’ai un serment au ciel ! — Mettrai-je le parjure sur mon âme ? — Non, pas pour tout Venise.


PORTIA.

Eh bien ! l’échéance est passée ; — et légalement, avec