Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/292

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CHARLES.

On dit qu’il est déjà dans la forêt des Ardennes, avec maints joyeux compagnons, et que là tous vivent comme le vieux Robin Hood d’Angleterre. On dit que nombre de jeunes gentilshommes affluent chaque jour auprès de lui, et qu’ils passent le temps sans souci, comme on faisait dans l’âge d’or.


OLIVIER.

Çà, vous luttez demain devant le nouveau duc ?


CHARLES.

Oui, pardieu, monsieur, et je suis venu vous informer d’une chose. Monsieur, on m’a donné secrètement à entendre que votre jeune frère, Orlando, est disposé à venir sous un déguisement tenter un assaut contre moi. Demain, monsieur, c’est pour ma réputation que je lutte, et celui qui m’échappera sans quelque membre brisé s’en tirera bien heureusement. Votre frère est bien jeune et bien délicat, et, par égard pour vous, j’aurais répugnance à l’assommer comme j’y serai obligé par mon propre honneur, s’il se présente. Aussi, par affection pour vous, suis-je venu vous prévenir, afin que vous puissiez ou le détourner de son intention ou vous bien préparer au malheur qu’il encourt : c’est lui-même qui l’aura cherché, et tout à fait contre mon gré.


OLIVIER.

Charles, je te remercie de ton affection pour moi, et sois sûr que je m’en montrerai bien reconnaissant. Moi-même j’ai eu avis des desseins de mon frère, et j’ai fait sous main tous mes efforts pour l’en dissuader ; mais il est résolu. Te le dirai-je. Charles ? c’est le jeune gars le plus obstiné de France, un ambitieux, un envieux émule des talents d’autrui, un fourbe et un lâche qui conspire contre moi, son frère par la nature. Ainsi agis à ta guise. J’aimerais autant que tu lui rompisse le cou qu’un doigt.