Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/296

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Montrant Pierre de Touche.

Si la nature nous a donné l’esprit de narguer la fortune, est-ce que la fortune n’a pas envoyé ce fou pour couper court à nos propos ?


ROSALINDE.

Vraiment, la fortune est bien dure pour la nature, quand elle se sert de la bêtise naturelle pour interrompre l’esprit naturel.


CÉLIA.

Peut-être n’est-ce pas l’œuvre de la fortune, mais bien de la nature, laquelle, s’apercevant que nos simples esprits étaient trop obtus pour raisonner dignement sur de telles déesses, a envoyé ce simple d’esprit pour les aiguiser, car la bêtise obtuse sert toujours pour l’esprit de pierre à aiguiser.

À Pierre de Touche.

Eh bien, esprit, de quel côté errez-vous ?


PIERRE DE TOUCHE.

Maîtresse, il faut que vous veniez auprès de votre père.


CÉLIA.

Vous a-t-on pris pour messager ?


PIERRE DE TOUCHE.

Non, sur mon honneur, mais on m’a dit de venir vous chercher.


ROSALINDE.

Où avez-vous appris ce serment-là, fou que vous êtes ?


PIERRE DE TOUCHE.

D’un certain chevalier qui jurait sur son honneur que les crêpes était bonnes et jurait sur son honneur que la moutarde ne valait rien : moi, je soutiens que les crêpes ne valaient rien et que la moutarde était bonne ; et cependant le chevalier ne se parjurait pas.