Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/295

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ROSALINDE.

Je veux l’être désormais, petite cousine, et m’ingénier en amusements… Voyons, si on se livrait à l’amour… Qu’en pensez-vous ?


CÉLIA.

Oui, ma foi, n’hésite pas, fais de l’amour un amusement ; mais ne va pas aimer sérieusement un homme, ni même pousser l’amusement jusqu’à ne pouvoir te retirer eu tout honneur, avec l’intacte pureté d’une pudique rougeur.


ROSALINDE.

À quoi donc nous amuserons-nous ?


CÉLIA.

Asseyons-nous et sous nos sarcasmes chassons dame Fortune de son rouet : que cette ménagère apprenne désormais à répartir ses dons équitablement.


ROSALINDE.

Je voudrais que cela nous fût possible, car ses bienfaits sont terriblement mal placés, et la bonne vieille aveugle se méprend surtout dans ses dons aux femmes,


CÉLIA.

C’est vrai : celles qu’elle fait jolies, elle les fait rarement vertueuses, et celles qu’elle fait vertueuses, elles les fait fort peu séduisantes.


ROSALINDE.

Et ne vois-tu pas que tu passes du domaine de la fortune à celui de la nature ? La fortune règle les dons de ce monde, non les traits naturels.


Entre Pierre de Touche.

CÉLIA.

Non. Quand la nature a produit une jolie créature, est-ce que la fortune ne peut pas la faire tomber dans le feu ?