Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/319

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PIERRE DE TOUCHE.

Peu m’importerait pour mes esprits si mes jambes ne l’étaient pas.


ROSALINDE.

Je serais disposée de tout cœur à déshonorer mon costume d’homme et à pleurer comme une femme : mais il faut que je soutienne le vase le plus fragile. Le pourpoint et le haut-de-chausses doivent à la jupe l’exemple du courage : courage donc, bonne Aliéna !


CÉLIA.

Je vous en prie, supportez ma défaillance ; je ne puis aller plus loin.


PIERRE DE TOUCHE.

Pour ma part, j’aimerais mieux supporter votre défaillance que porter votre personne : pourtant, si je vous portais, mon fardeau ne serait pas pesant, car je crois que vous n’avez pas un besant dans votre bourse.


ROSALINDE.

Voilà donc la forêt des Ardennes.


PIERRE DE TOUCHE.

Oui, me voilà dans les Ardennes ; je n’en suis que plus fou. Quand j’étais à la maison, j’étais mieux ; mais les voyageurs doivent être contents de tout.


ROSALINDE

Oui, sois content, bon Pierre de Touche… Voyez donc qui vient ici : un jeune homme et un vieux en solennelle conversation.


Entrent Corin et Silvius.

CORIN.

— C’est le moyen de vous faire toujours mépriser d’elle.


SILVIUS

— Ô Corin, si tu savais combien je l’aime !