Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/337

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CORIN.

En outre, nos mains sont rudes.


PIERRE DE TOUCHE.

Vos lèvres n’en sentiront que mieux le contact. Encore une creuse raison : une plus solide, allons !


CORIN.

Et puis elles se couvrent souvent de goudron, quand nous soignons notre troupeau : voudriez-vous que nous baisions du goudron ? Les mains du courtisan sont parfumées de civette.


PIERRE DE TOUCHE.

Homme borné, tu n’es que de la chair à vermine, comparé à un bon morceau de viande. Oui-da !… Écoute le sage et réfléchis : la civette est de plus basse extraction que le goudron, c’est la sale fiente d’un chat. Une meilleure raison, berger.


CORIN.

Vous avez un trop bel esprit pour moi : j’en veux rester là.


PIERRE DE TOUCHE.

Veux-tu donc rester damné ? Dieu t’assiste, homme borné ! Dieu veuille t’ouvrir la cervelle ! tu es bien naïf.


CORIN.

Monsieur, je suis un simple journalier : je gagne ce que je mange et ce que je porte ; je n’ai de rancune contre personne, je n’envie le bonheur de personne ; je suis content du bonheur d’autrui et résigné à tout malheur ; et mon plus grand orgueil est de voir mes brebis paître et mes agneaux téter.


PIERRE DE TOUCHE.

Encore une coupable simplicité : rassembler brebis et béliers, et tâcher de gagner sa vie par la copulation du bétail ! se faire l’entremetteur de la bête à laine, et, au mépris de toute conscience, livrer une brebis d’un an à un bélier cornu, chenu et cocu. Si tu n’es pas damné