Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/336

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CORIN.

Non, vraiment.


PIERRE DE TOUCHE.

Alors tu es damné.


CORIN.

J’espère que non.


PIERRE DE TOUCHE.

Si fait, tu es damné et condamné comme un œuf cuit d’un seul côté.


CORIN.

Pour n’avoir pas été à la cour ! Comment ça ?


PIERRE DE TOUCHE.

Eh bien, si tu n’as jamais été à la cour, tu n’as jamais vu les bonnes façons ; si tu n’as jamais vu les bonnes façons, tes façons doivent être nécessairement mauvaises, et le mal est péché, et le péché est damnation. Tu es dans un état périlleux, berger.


CORIN.

Point du tout, Pierre de Touche. Les bonnes façons de la cour seraient aussi ridicules à la campagne que les manières de la campagne seraient grotesques à la cour. Vous m’avez dit qu’on ne se salue à la cour qu’en se baisant les mains ; cette courtoisie serait très-malpropre, si les courtisans étaient des bergers.


PIERRE DE TOUCHE.

La preuve, vite ! allons, la preuve !


CORIN.

Eh bien, nous touchons continuellement nos brebis, et vous savez que leur toison est grasse.


PIERRE DE TOUCHE.

Eh bien, est-ce que les mains de nos courtisans ne suent pas ? et la graisse d’un mouton n’est-elle pas aussi saine que la sueur d’un homme ? Raison creuse, raison creuse ! Une meilleure, allons !