Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/365

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J’ai bien peur que vous n’ayez vendu vos propres terres pour voir celles d’autrui. En ce cas, avoir beaucoup vu et ne rien avoir, c’est avoir les yeux riches et les mains pauvres.


JACQUES.

J’ai bien gagné mon expérience.


Entre Orlando.

ROSALINDE.

Et votre expérience vous rend triste ! J’aimerais mieux une folie qui me rendrait gaie qu’une expérience qui me rendrait triste ; et voyager pour ça encore !


ORLANDO.

— Bon jour et bonheur, chère Rosalinde ! —


JACQUES, regardant Orlando.

Ah ! vous parlez en vers blancs ! Dieu soit avec vous !

Il sort.

ROSALINDE, tournée vers Jacques qui s’éloigne.

Adieu, monsieur le voyageur ! Si vous m’en croyez, grasseyez et portez des costumes étrangers ; dénigrez tous les bienfaits de votre pays natal ; soyez désenchanté de votre venue au monde, et grondez presque Dieu de vous avoir fait la physionomie que vous avez ; sinon, j’aurai peine à croire que vous ayez navigué en gondole !… Eh bien, Orlando, où avez-vous été tout ce temps-ci ? Vous, un amoureux !… Si vous me jouez encore un tour pareil, ne reparaissez plus en ma présence.


ORLANDO.

Ma belle Rosalinde, je suis en retard d’une heure à peine sur ma promesse !


ROSALINDE.

En amour, manquer d’une heure à sa promesse ! Celui qui aura divisé une minute en mille parties et se sera attardé de la millième partie d’une minute en affaire d’a-