Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/364

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Scène XVI.


[La lisière de la forêt. Un bouquet d’oliviers en avant d’une cabane.]


Entrent Rosalinde, Célia et Jacques.

JACQUES.

De grâce, joli jouvenceau, lions plus intime connaissance.


ROSALINDE.

On dit que vous êtes un gaillard mélancolique.


JACQUES.

C’est vrai ; j’aime mieux ça que d’être rieur.


ROSALINDE.

Ceux qui donnent dans l’un ou l’autre excès, sont d’abominables gens et s’exposent, plus que des ivrognes, à la censure du premier venu.


JACQUES.

Bah ! il est bon d’être grave et de ne rien dire.


ROSALINDE.

Il est bon d’être un poteau.


JACQUES.

Je n’ai ni la mélancolie de l’étudiant, laquelle n’est qu’émulation ; ni celle du musicien, laquelle n’est que fantaisie ; ni celle du courtisan, laquelle n’est que vanité ; ni celle du soldat, laquelle n’est qu’ambition ; ni celle de l’homme de loi, laquelle n’est que politique ; ni celle de la femme, laquelle n’est qu’afféterie ; ni celle de l’amant, laquelle est tout cela ; mais j’ai une mélancolie à moi, composée d’une foule de simples et extraite d’une foule d’objets ; et, de fait, la contemplation de mes divers voyages, dans laquelle m’absorbe mon habituelle rêverie, me fait la plus humoriste tristesse.


ROSALINDE.

Un voyageur ! Sur ma foi, vous avez raison d’être triste.