Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/402

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La brusquerie du dénoûment trahit dans l’esprit de l’auteur une certaine fatigue que n’eût jamais ressentie son génie une fois sûr de lui-même. — J’ai déjà dit à l’Introduction que Shakespeare s’était inspiré, pour certaines scènes de sa comédie, d’un roman pastoral, la Diane de Montemayor. La Diane n’a été traduite en anglais qu’en 1598. Il est donc infiniment probable que Shakespeare n’a pas connu directement par l’œuvre espagnole cet épisode des amours de don Félix et de Félismène qui lui a fourni plusieurs incidents. Mais cet épisode avait fait le sujet d’une comédie représentée en 1584, à Greenwich, devant la reine Élisabeth, sous ce titre : The historie of Felix and Philiomena, et c’est vraisemblablement par cette comédie, aujourd’hui perdue, que Shakespeare a été initié à l’idée qu’il a plus tard mise en œuvre.

Les Deux Gentilshommes de Vérone ont été remaniés pour la scène de Drury Lane par un M. Victor, en 1763.

(2) La même comparaison se retrouve deux fois dans les Sonnets de Shakespeare :

Canker vice the sweetest buds cloth love,
And thou present’st a pure unstained prince.

« Le ver du mal aime les plus suaves boutons, — et tu lui présentes un printemps pur et sans tache. »

Sonnet lxxxix (édit. française), 70 (édit. anglaise).

The loathsome canker lives in the sweetest bud.
All men make faults.

Sonnet xxxii, 35.

« Le ver répugnant vit dans le plus suave bouton ; — tous les hommes font des fautes. »

(3) Voir la note 23 du quatrième volume.

(4) Ce reproche d’aveuglement que Valentin reçoit ici de son page à cause de son admiration pour la brune Silvia, Shakespeare se l’adresse à lui-même à propos de son engouement pour la brune héroïne de ses Sonnets. Diligence dit à Valentin : « If you love her, you cannot see her, because love is blind. Si vous l’aimez, vous ne pouvez pas la voir, parce que l’amour est aveugle. » Le poëte a développé la même pensée dans ces vers :

Thou blind fool, Love, what dost thou to mine eyes,
That they behold, and see not what they see ?