Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/421

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bonnet fort bien troussé avec le cordon semé d’étoiles d’or, et au milieu de chacune un gros diamant : les plumes étaient d’azur, orangées et blanches, et tous ses vêtements se voyaient semés de gros boutons de perles : et portait en son col une très-riche chaîne d’or avec les chaînes faites d’une nouvelle façon. Il était monté sur un beau cheval rouge enharnaché d’un riche harnais de couleur bleue et garni de belles broderies d’or et d’argent.

Et comme dom Félix arrivant au château se fut mis à pied et monta par un escalier qui allait à la chambre de la princesse, je m’approchai du lieu où étaient ses serviteurs, et voyant entre eux Fabio, lequel auparavant j’avais vu, je le tirai à part, lui disant :

— Monsieur, qui est ce chevalier qui vient de descendre ici de cheval ? Car il m’est avis qu’il ressemble merveilleusement à un autre que j’ai vu bien loin d’ici.

Fabio me répondit : — Êtes-vous si nouveau dans cette cour que ne connaissez dom Félix, vu que ne sache chevalier en icelle si connu que lui ?

— Je ne doute point de cela, lui dis-je, mais hier fut le premier jour que j’arrivai en cette cour.

— Il n’y a donc de quoi vous reprendre, dit incontinent Fabio. Partant sachez que ce chevalier s’appelle dom Félix, du pays de Vandalie, et demeure en cette cour pour quelques siennes affaires et de son père. Vous devez entendre qu’il est ici serviteur d’une dame appelée Célia[1]. Et pour cela il porte la livrée d’azur qui est couleur du ciel, et le blanc et orangé qui sont les couleurs de la même dame.

Quand j’ouïs ceci vous pouvez penser quelle je devins ; toutefois dissimulant le mieux qu’il me fut possible, je lui répondis :

  1. Silvia.