Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/426

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— À vous savoir bien dire, lui répondis-je, voudrais-je pouvoir apprendre : car où il y a si grande raison de dire ce qui se dit, il n’y peut intervenir moquerie.

Célia commença à me prier que je lui disse à bon escient que c’était de Félismène.

À quoi je répondis : — Quant, à sa beauté, il y en a aucuns qui l’estiment fort belle, mais jamais ne me sembla telle, parce qu’il y a longtemps qu’elle a faute de la principale partie qui est plus requise pour l’être.

— Quelle partie est-ce ? demanda Célia.

— C’est, lui dis-je, le contentement, parce que où il n’est point, il n’est possible qu’il y ait beauté accomplie.

— Tu as la plus grande raison du monde, dit-elle, mais j’ai vu quelques dames auxquelles il sied si bien d’être tristes, et à d’autres d’être ennuyées que c’est une chose étrange : de façon que l’ennui et la tristesse les font plus belles qu’elles ne sont.

Là-dessus je lui répondis : — En vérité bien est malheureuse la beauté qui a pour gouverneur l’ennui ou la tristesse. Quant à moi, je me connais bien peu en telles choses ; mais quant à celles qui ont besoin d’industrie pour paraître belles, je ne les tiens pour telles, et n’y a raison de les mettre au rang de celles qui le sont.

— Tu as grande raison, dit Célia, et me semble bien à ta discrétion qu’il n’y aura chose en quoi tu ne l’aies.

— Il me coûte bien cher, lui répondis-je, de l’avoir en tant de choses. Mais je vous supplie, madame, faire réponse à la lettre que vous ai apportée, afin que dom Félix, mon maître, l’ait aussi de recevoir ce contentement par mes mains.

— J’en suis contente, me dit Célia. Mais avant je veux que tu me dises ce que c’est de Félismène en matière de discrétion : est-elle fort bien avisée ?