Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/430

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fortune devait être bien lasse de celles que jusqu’alors elle m’avait envoyées. Et voyant que toute la diligence que je mettais à savoir nouvelles de dom Félix, ne servait de rien, je déterminai de me mettre en cet habillement, que vous me voyez, avec lequel il y a plus de deux ans que je le vas cherchant par plusieurs contrées, mais la fortune m’a toujours empêchée de le trouver.




LES AVENTURES DE GIANETTO [1]


Nouvelle extraite du Pecorone de Ser Giovanni Fiorentino et traduite de l’italien en français par F.-V. Hugo.


Il y avait à Florence, dans la maison des Scali, un marchand qui avait nom Bindo, lequel avait été plusieurs fois aux bouches du Tanaïs et à Alexandrie, et avait fait les autres grands voyages entrepris généralement par les gens de commerce. Bindo était assez riche et avait trois grands fils. Venant à mourir, il appela l’aîné et le puîné, et fit son testament en leur présence, et les laissa tous deux seuls héritiers de ce qu’il avait au monde ; quant au cadet, il ne lui laissa rien. Le testament une fois fait, le fils cadet, qui avait nom Gianetto[2], en étant informé, l’alla trouver à son lit et lui dit :

— Mon père, je m’émerveille fort de ce que vous avez fait : ne pas vous être souvenu de moi dans votre testament !

— Mon Gianetto, répondit le père, il n’est pas de

  1. Cette nouvelle, écrite dans le courant du quatorzième siècle, fut imprimée pour la première fois à Milan, en 1558. Elle n’a été traduite en anglais qu’en 1755, et n’a été connue en France qu’en 1836, par la traduction pudiquement tronquée de M. de Guénifey. La version que voici est la seule complète qui ait encore été publiée dans notre langue.
  2. Bassanio, dans le Marchand de Venise.