Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/431

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créature au monde à qui je veuille plus de bien qu’à toi, et aussi je ne veux pas qu’après ma mort tu restes ici, mais je veux que, dès que je serai mort, tu ailles à Venise trouver ton parrain, qui a nom messire Ausaldo, lequel, n’ayant pas de fils, m’a écrit souvent de l’envoyer près de lui. Et je puis te dire qu’il est le plus riche marchand qui soit parmi les chrétiens. Et aussi je veux que, dès que je serai mort, tu ailles à lui et lui remettes cette lettre ; et si tu sais te comporter, tu deviendras un riche homme.

— Mon père dit le fils, je suis préparé à faire ce que vous me commanderez.

Sur quoi le père lui donna sa bénédiction, et mourut peu après ; et les fils témoignèrent la plus grande douleur, et rendirent au corps tous les honneurs qui convenaient. Et peu après, les deux aînés mandèrent Gianetto et lui dirent :

— Frère, il est bien vrai que notre père a fait son testament et nous a institués ses légataires, et n’a fait de toi aucune mention ; tu n’en es pas moins notre frère et tu peux, dès cette heure, prélever une part égale à la nôtre sur l’héritage entier.

— Mes frères, répliqua Gianetto, je vous rends grâces pour votre offre, mais quant à moi, mon intention est d’aller chercher fortune ailleurs ; j’y suis fermement décidé, jouissez donc en toute bénédiction de l’héritage qui vous est assigné.

Sur ce, ses frères, voyant sa détermination, lui donnèrent un cheval et de l’argent pour les dépenses du voyage. Gianetto prit congé d’eux et s’en alla à Venise, et arriva au comptoir de messire Ansaldo[1] et lui donna la lettre que son, père lui avait donnée avant de mourir. Lors messire Ansaldo, lisant cette lettre, apprit que le

  1. Antonio.