Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/434

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camarades ; puis on mit à la mer, on hissa les voiles et on prit le chemin d’Alexandrie en invoquant Dieu et la bonne fortune.

Ces trois compagnons étant chacun sur un navire et naviguant ensemble depuis plusieurs jours, il advint qu’un matin, avant le jour, ledit Gianetto aperçut un golfe avec un port magnifique et demanda au patron comme se nommait ce port.

— Messire, répondit celui-ci, cet endroit appartient à une noble veuve qui a fait la ruine de bien des seigneurs.

— Comment ? dit Gianetto.

— Messire, répondit l’autre, cette dame est belle et gracieuse, mais voici sa loi : Tout voyageur qui arrive doit coucher avec elle, et, s’il réussit à la posséder, il doit la prendre pour femme et devenir seigneur du port et de tout le pays. Mais s’il ne réussit pas à la posséder, il perd tout ce qu’il a.

Gianetto réfléchit un instant, et puis dit : « Emploie tous les moyens que tu pourras pour entrer dans ce port. »

— Messire, dit le patron, prenez garde à ce que vous dites, car beaucoup de seigneurs sont entrés là qui en sont partis ruinés.

— Ne t’embarrasse de rien, dit Gianetto, fais ce que je te dis.

Ainsi fut fait, le navire vira de bord et entra dans le port si rapidement que les compagnons des deux autres navires ne s’aperçurent de rien.

Dans la matinée, la nouvelle se répandit que ce beau navire était entré au port, si bien que tout le monde alla le voir, et immédiatement cela fut dit à la dame[1]. Elle manda Gianetto, qui, incontinent, se présenta à elle et la salua avec grande révérence. Elle le prit par la main et

  1. Portia.