Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/435

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lui demanda qui il était, d’où il venait et s’il savait l’usage du pays. Gianetto répondit que oui et qu’il n’était pas venu pour une autre cause. Elle lui dit : « Soyez donc cent fois le bienvenu ; » et toute la journée elle lui rendit de grands honneurs et fit inviter quantité de barons, de comtes et de chevaliers qui étaient ses vassaux, pour qu’ils tinssent compagnie à son hôte. Tous ces seigneurs furent charmés des manières de Gianetto, de ses façons aisées, affables et prévenantes ; chacun était ravi de lui, et tout le jour il n’y eut que danses, chansons et fêtes pour l’amour de Gianetto, et chacun se fût tenu pour satisfait de l’avoir pour seigneur.

Or, le soir étant venu, la dame le prit par la main, le mena à sa chambre et lui dit : « — L’heure me semble venue d’aller au lit. — Madame, je suis à vous, répondit Gianetto. » Et aussitôt arrivèrent deux damoiselles, l’une avec du vin, l’autre avec des confitures. « Je sais que vous devez avoir soif, dit la dame, buvez donc. » Gianetto prit des confitures et but de ce vin, lequel était préparé pour faire dormir ; mais lui, qui n’en savait rien et qui le trouvait agréable, en but une demi-tasse, se déshabilla et alla reposer. Et dès qu’il fut au lit, il s’endormit. La dame se coucha à son côté. Il ne se réveilla que le lendemain matin, passé la troisième heure. La dame se leva dès qu’il fit jour et fît commencer a décharger le navire, qu’on trouva plein de grandes richesses et de bonnes marchandises. Or, la troisième heure étant passée, les caméristes de la dame allèrent au lit de Gianetto, le firent lever et lui dirent de s’en aller à la grâce de Dieu, parce qu’il avait perdu son navire et tout ce qu’il avait : ce dont il fut tout penaud, voyant qu’il avait échoué. La dame lui fit donner un cheval et de l’argent pour ses dépenses de voyage. Il partit triste et accablé, et se dirigea vers Venise.