Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/437

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toire leur fut dite : c’est pourquoi ils coururent vite l’embrasser et dirent :

— Comment t’es-tu séparé de nous et où donc es-tu allé ? Nous n’avons pu avoir de tes nouvelles, bien que nous ayons rebroussé chemin toute la journée ; nous n’avons pu t’apercevoir ni savoir où tu étais allé, et nous avons eu tant de douleur que, pendant toute la traversée, nous n’avons pu nous réjouir, croyant que tu étais mort.

Gianetto répondit : Il s’est élevé, dans un bras de mer, un vent contraire, qui a chassé le navire tout droit contre un écueil qui était près de terre, de telle sorte qu’à grand’peine je me suis échappé, et tout a été perdu.

Telle fut l’excuse que leur donna Gianetto pour ne pas découvrir sa faute. Et ils se livrèrent à la joie remerciant Dieu de l’avoir sauvé, et lui dirent : « Au printemps prochain, avec la grâce de Dieu, nous regagnerons ce que tu as perdu cette fois ; en attendant, passons le temps gaiement et sans mélancolie. » Et dès lors, ils passèrent le temps joyeusement comme ils avaient coutume de le faire.

Mais pourtant Gianetto ne faisait que penser aux moyens de retourner auprès de cette dame, réfléchissant et se disant à lui-même : « À coup sûr, il faut que je l’aie pour femme ou j’en mourrai ; » et rien ne pouvait le distraire. C’est pourquoi messire Ansaldo lui dit plusieurs fois : « Ne te fais pas de chagrin, car il nous reste assez de fortune pour pouvoir fort bien vivre. » Gianetto répondit : « Monseigneur, je ne serai content que quand j’aurai fait une seconde fois ce voyage. » Aussi, voyant sa volonté bien arrêtée, messire Ansaldo n’hésita plus, au moment venu, à lui fournir un second navire plus richement chargé que le premier, et à mettre dans ce chargement la majeure partie de ce qu’il avait au monde ; ses compagnons,