Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/436

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Quand il y fut arrivé, la honte l’empêcha de rentrer chez lui ; et il s’en alla de nuit à la maison d’un sien compagnon, qui s’écria tout émerveillé : Gianetto ici ! qu’est-ce à dire ? — Mon navire, répondit-il, a touché sur un écueil pendant la nuit et s’est brisé ; tout a été détruit ; l’équipage a été jeté de côté et d’autre ; je me suis accroché à un morceau de bois qui m’a jeté à la côte ; et ainsi je m’en suis revenu par terre, et me voici.

Gianetto resta plusieurs jours dans la maison de cet ami, lequel alla un matin visiter messire Ansaldo et le trouva fort mélancolique.

— J’ai si grand’peur, dit messire Ansaldo, que mon fils ne soit mort ou que la mer ne lui ait fait mal, que je ne saurais me trouver bien nulle part, tant est grand l’amour que je lui porte.

— Je puis vous donner de ses nouvelles, dit le jeune homme ; il a fait naufrage, tout est perdu, lui seul a échappé.

— Loué soit Dieu ! dit messire Ansaldo, s’il a échappé, je suis satisfait ; quant aux richesses qu’il a perdues, je ne m’en soucie pas. Où est-il ?

— Il est chez moi, répondit le jeune homme.

Et aussitôt messire Ansaldo se leva et voulut aller le voir. Et, dès qu’il le vit, il courut vite l’embrasser et dit :

« Mon fils, il n’est nul besoin d’être confus devant moi, car c’est chose fort ordinaire que des navires se perdent à la mer ; ainsi, mon fils, ne te tourmente pas ; puisque tu n’as point de mal, je suis content. » Et il le mena chez lui sans cesser de le consoler.

La nouvelle se répandit par toute la ville de Venise, et un chacun était affligé du malheur qu’avait eu Gianetto. Or, il advint que, peu de temps après, ses compagnons de voyage revinrent, tous enrichis, d’Alexandrie ; dès leur arrivée, ils s’informèrent de Gianetto, et toute l’his-