Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/44

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désert, son coffre-fort pillé, mais il ne trouva plus son enfant. Qu’on imagine sa douleur ! Le misérable père fouilla toute la ville pour découvrir Jessica. Il courait dans les rues comme un fou, traqué par une meute d’écoliers qui répétaient en riant ses cris de détresse. Un chrétien qui le vit passer disait n’avoir jamais entendu « fureur aussi trouble, aussi extravagante, aussi incohérente que celle qu’exhalait ce chien de juif. » — Dans sa course effarée, Shylock traverse le Rialto sans même apercevoir Salarino qui cause avec Solanio des nouvelles alarmantes reçues, dit-on, par Antonio. Salarino appelle le juif.

— Holà, Shylock ! Quoi de nouveau ?

Shylock se détourne et reconnaît dans celui qui l’apostrophe un des convives disparus pendant le souper fatal :

— Vous avez su mieux que personne la fuite de ma fille, dit-il.

— Cela est certain, répond Salarino en ricanant, je sais même le tailleur qui a fait les ailes avec lesquelles elle s’est envolée.

— Et pour sa part, observe Solanio ; Shylock savait que l’oiseau avait toutes ses plumes et qu’alors il est dans le tempérament de tous les oiseaux de quitter la maman.

— Elle est damnée pour cela.

— C’est certain, si elle a le diable pour juge.

— Ma chair et mon sang se révolter ainsi !

— Fi, vieille charogne ! devraient-ils se révolter à ton âge ?

C’est ainsi que ces jeunes gens parlent à ce vieillard ! Les insolents ! Les imprudents ? Et c’est au moment où ils viennent de lui jeter à la face ce dernier outrage ramassé dans le plus sale égout de l’ignominie, qu’ils