Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/43

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diable » de Lancelot qui s’en va en chantant chercher fortune ailleurs.

Enfin, l’occasion tant attendue se présente. — Le jour même où Shylock a prêté les trois mille ducats, il est invité par le reconnaissant Bassanio à un souper où Antonio et tous ses amis doivent choquer les verres. Shylock hésite longtemps à accepter l’invitation : il a fait la veille un mauvais rêve, il pressent que « quelque vilenie se brasse contre son repos. » Cependant l’envie de « manger aux dépens du chrétien prodigue » finit par l’emporter : il se rend chez Bassanio. Pendant le souper, les plus gais convives, Gratiano, Salarino et Lorenzo, s’esquivent sous prétexte d’aller chercher leurs masques. Mais les trois jeunes gens se sont donné rendez-vous d’un air mystérieux devant certaine maison. Ils arrivent.

— Holà ! quelqu’un ! exclame Lorenzo en s’avançant sous le Balcon.

À ce cri qui semble un signal, une lumière brille, une fenêtre s’ouvre et un page apparaît.

— Qui êtes-vous ? répond le page d’une voix singulièrement douce.

— Lorenzo ! ton amour !

— Lorenzo, c’est certain ! Mon amour, c’est vrai ! Mais qui sais si je suis votre amour ?

— Le ciel m’est témoin que tu l’es.

— Eh bien, tenez ! attrapez cette cassette… Je vais fermer les portes, me dorer encore de quelques ducats, et je suis à vous.

Une minute après, Jessica se présentait sur le seuil de la rigide demeure dans sa livrée de carnaval et s’enfuyait, une torche à la main, au milieu de la bande joyeuse.

Quand Shylock rentra chez lui, il trouva son logis