Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/460

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éclatants, il avait désigné, pour assister à la fête, sa propre fille Alinda[1] ainsi que la blonde Rosalinde, fille de Gérismond, et toutes les damoiselles fameuses en France pour la beauté de leurs traits. Tous vantaient les admirables richesses que la nature avait entassées sur le visage de Rosalinde. Les grâces semblaient livrer bataille sur ses joues et lutter à qui l’embellirait le plus par ses dons. La rougeur de la glorieuse Luna, alors qu’elle baisa le berger sur les hauteurs de Latmos, n’était pas d’une nuance aussi délicieuse que ce vermillon que faisaient ressortir les couleurs argentines du teint de Rosaîinde. Ses yeux étaient comme ces lampes qui illuminent la nappe somptueuse des deux ; ils rayonnaient la grâce et le dédain, aimables et pourtant timides, comme si Vénus y avait concentré toutes ses tendresses et Diane toute sa chasteté. Les boucles de sa chevelure, enroulées dans une résille d’or, surpassaient autant l’éclat scintillant du métal que le soleil la plus humble étoile. Les tresses qui entouraient le front d’Apollo n’étaient pas aussi splendides à la vue, car il semblait que dans les cheveux de Rosaîinde, Amour se fût mis en embuscade pour surprendre le regard assez arrogant pour oser contempler leur excellence[2].

Rosalinde, assise près d’Alinda, assistait donc à ces jeux, et par sa présence excitait les cavaliers à rompre plus vaillamment leur lance. Quand le tournoi eut cessé, la lutte commença, et le Normand se présenta comme provocateur contre tout venant. Un riche franc-tenancier de la campagne arriva avec deux grands gar-

  1. Célia
  2. ce portrait, scrupuleusement traduit, offre au lecteur le parfait modèle de cette phraséologie euphuïste que Shakespeare a si admirablement ridiculisée dans Peines d’amour perdues. Comme je l’ai déjà dit, l’auteur de cette nouvelle était un disciple fervent du poëte Lilly.