Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/468

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À ce discours, Rosalinde commença à se consoler ; après avoir versé quelques larmes de tendresse dans le sein de son Alinda, elle la remercia cordialement, et alors elles se rassirent pour se concerter sur la manière dont elles voyageraient. La seule chose que regrettât Alinda était de ne pas avoir d’homme dans leur compagnie : elle disait que deux femmes ne pouvaient, sans se faire le plus grand tort, errer sans guide ou sans suite.

— Bah ! dit Rosalinde, tu es femme, et tu n’a pas d’expédient sous la main pour obvier à une difficulté ? Je suis, comme tu vois, d’une haute taille ; le personnage et l’habit de page m’iraient parfaitement : toi, tu seras ma maîtresse, et je jouerai si bien l’homme que, sois-en sûre, il sera impossible de me reconnaître, en quelque compagnie que ce soit. Je vais m’acheter un costume ; tu verras avec quelle élégance je porterai ma rapière au côté. Si quelque drôle fait l’impertinent, vous verrez comme votre page lui montrera la pointe de son arme.

Sur ce, Alinda sourit et la chose fut convenue. Immédiatement elles rassemblèrent leurs bijoux, qu’elles empaquetèrent dans un coffret, et Rosalinde, en toute hâte, se munit de vêtements. Alinda ayant pris le nom d’Aliéna et Rosalinde celui de Ganimède, elles cheminèrent le long des vignobles, et, par une foule de chemins de traverse, atteignirent enfin les confins de la forêt, dans laquelle elles marchèrent durant deux ou trois jours sans rencontrer une créature, menacées souvent par des bêtes sauvages, et accablées de mille souffrances. Enfin, Ganimède avisa un arbre sur lequel étaient gravés certains vers : — Courage, maîtresse ! j’aperçois les traces des hommes, car sur ces arbres sont gravés des vers de bergers ou d’autres pâtres qui habitent aux environs.