Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/471

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trouver quelque cabane où moi et mon page nous puissions vivre. J’ai l’intention d’acheter une ferme et un troupeau de moutons et de devenir bergère, résolue à vivre humblement et à me contenter de la vie champêtre ; car les pâtres disent, à ce que j’ai appris, qu’ils boivent sans soupçon et dorment sans souci.

— Parbleu, madame, dit Coridon, si telle est votre intention, vous êtes arrivée au bon moment, car mon maître désire vendre la ferme que je laboure et le troupeau que je pais, et vous pouvez les avoir à bon marché pour argent comptant. Quant à la vie des bergers, ah ! madame, pour peu que vous eussiez vécu dans leur condition, vous diriez que la cour est plutôt un lieu de douleur que de délices. Ici la fortune ne vous contrariera que par de petites infortunes comme la perte de quelques moutons, perte que l’année suivante peut réparer par une nouvelle génération. L’envie ne nous émeut pas. Le souci n’a pas d’asile dans nos cabanes et nos couches rustiques ne connaissent pas les insomnies : comme notre nourriture n’est jamais excessive, nous avons toujours assez, et voici tout mon latin, madame : Satis est quod sufficit.

— Ma foi, berger, dit Aliéna, tu me fais aimer votre vie champêtre ; envoie donc chercher ton maître : j’achèterai la ferme et ses troupeaux, et tu continueras sous ma dépendance d’en prendre soin. Seulement, pour le plaisir, nous t’aiderons, nous mènerons les troupeaux aux champs et nous les parquerons. Ainsi veux-je vivre tranquille, ignorée et satisfaite.

Coridon, enchanté de n’être pas mis hors de sa ferme, retira son chapeau de berger et fit à Aliéna le plus profond salut.

Pendant tout ce temps Montanus était resté assis dans une profonde rêverie, songeant à la cruauté de sa Phébé qu’il avait longtemps fleurée, mais qu’il désespérait de