Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/478

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d’offrir ; et sur ce, il fit de Rosader un de ses veneurs. Rosader lui demanda pardon de sa hardiesse passée et le remercia humblement de cette courtoise faveur. Gérismond s’enquit alors s’il avait été récemment à la cour de Thorismond et s’il y avait vu sa fille Rosalinde. À cette question, Rosader poussa un profond soupir et versa des larmes sans répondre ; enfin, reprenant ses esprits, il révéla au roi comment Rosalinde avait été bannie, comment Alinda avait pour elle une si sympathique affection qu’elle avait mieux aimé la suivre dans l’exil que se séparer d’elle ; et maintenant toutes deux erraient, on ne sait où ! Cette nouvelle fît grand chagrin au roi, qui se retira immédiatement de la fête, et jeta la consternation parmi tous les convives. Rosader et Adam allèrent prendre du repos. Laissons-les donc et retournons à Thorismond.

La nouvelle de la fuite de Rosader parvint à Thorismond. Sachant que Saladin était le seul héritier de sire Jehan de Bordeaux, et désirant s’emparer de ses revenus, le tyran prit occasion, pour lui chercher querelle, des torts qu’il avait eus envers son frère. Il l’envoya chercher par un héraut et lui demanda, d’un ton menaçant, où était Rosader. Saladin répondit qu’après une émeute faite contre le shériff du comté, il s’était enfui de Bordeaux, on ne savait dans quelle direction.

— Scélérat, s’écria le roi, j’ai ouï parler de tes cruautés envers ton frère, et c’est par ta faute que j’ai perdu un de mes chevaliers les plus braves et les plus résolus. Je dois donc à la justice de te punir : en souvenir de ton père j’épargne ta vie, mais je te bannis pour jamais de la cour et du pays de France ! Sois parti dans dix jours ; sinon, sois-en sûr, ta tête tombera.

À ces mots, le roi se retira furieux et laissa en grande perplexité le pauvre Saladin qui, bien qu’affligé de son exil, se résigna à le supporter patiemment, en pénitence