Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/482

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— J’ai beaucoup ouï parler des charmes de ta maîtresse, et je sais, chasseur, que tu peux la décrire parfaitement, ayant étudié toutes ses grâces d’un œil si curieux. Fais-moi donc la faveur de me dépeindre ses perfections.

— Volontiers, dit Rosader.

Et sur ce, il tira un papier de son sein où il lut ceci :

Semblable à la clarté de la plus haute sphère
Où brille toute splendeur impériale,
Est la couleur de sa chevelure,
Dénouée ou tressée.
Hé ! ho ! belle Rosalinde !

Ses yeux sont des saphirs enchâssés dans la neige,
Éblouissant le ciel pour peu qu’ils s’entr’ouvrent ;
Les dieux ont peur dès qu’ils brillent,
Et moi, je tremble, rien que d’y penser.
Hé ! ho ! que n’est-elle à moi !

Sa joue est comme la nuée rougissante
Qui embellit la face d’Aurore,
Ou comme le suaire d’argent empourpré
Qui pare la face souriante de Phébus.
Hé ! ho ! belle Rosalinde !

Ses lèvres sont comme deux boutons de rose,
Qu’avoisine une bordure de lis,
Et dans lesquels elle recèle un parfum
Capable de séduire une déité.
Hé ! oh ! puisse-t-elle être à moi !

Son cou est comme une tour majestueuse
Où Amour lui-même s’est emprisonné
Pour surprendre à toute heure un regard
De ses yeux divins et sacrés.
Hé ! ho ! belle Rosalinde !

Ses seins sont des centres de délices.
Ses seins sont des globes de forme céleste,
Que la nature couvre d’une rosée de lumière,
Pour en rassasier l’idéal.
Hé ! ho ! puisse-t-elle être à moi !